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Expo : Des histoires dessinées d’ici et d’ailleurs, Musée de l'histoire et de l'immigration

Bande dessinée et immigration 1913-2013

En visite avec Halim Mahmudi, un auteur contemporain de BD exposé, et une classe de terminale du Lycée Alfred Nobel de Clichy-sous-Bois (93).

C’est une classe composée d’élèves noirs et arabes. « Venir à Paris, prendre les transports, les jeunes parlent, les gens regardent avec mépris, c’est compliqué, pesant », expliquent les professeures principale et d’Arts Appliqués. Anecdote : il y a six ans, la prof principale avait proposé à sa classe de l’époque d’aller visiter une exposition à la Fondation Cartier. La classe bruyante (comme n’importe quel groupe d’élèves en visite scolaire, hors les murs de l’école) avait suscité l’indignation de quelques habitants du quartier, derrière leurs fenêtres. Ils avaient appelé la police. Malaise. La visite avait été écourtée. Apprend-on l’Art, la culture dans ces conditions ? S’élève-t-on, en étant pointé du doigt ? Halim Mahmoudi, français d’origine Algérienne, ne compte pas son temps. Très présent et pédagogue, il discute, explique son travail, son rapport à l’immigration, Arabico. Cette histoire raconte son parcours, sa quête identitaire, même si elle emprunte des éléments fictifs. Un condensé de l’exposition : partir, arriver en terre d’accueil, se légaliser, s’intégrer, s’affirmer, respecter son pays d’adoption sans renier une famille, qui souvent est restée « au Pays », oublier les lieux communs, les clichés. Au contraire, les combattre à travers le dessin, prouver son engagement citoyen et montrer l’exemple. Donner des repères. Le dessin permet cela, il est plus accessible. Halim est intarissable, faux introverti, ses yeux brillent, il est fier. Les élèves sont étonnés, ils n’avaient jamais décrypté les messages véhiculés dans les BD exposées, qu’ils avaient lues sans savoir. Nous discutons à bâtons rompus. « Ah ouais, m’dame ? Luky Luke représente le mythe de l’étranger ? » -« Oui, en quête du nouveau continent, d’une terre riche de promesses » -« Ah ! C’est pour ça qu’il est seul ?! » ; « Superman aussi ? qui vient d’une autre planète ? trop fort ! » ; « Ah bon, le père d’Astérix est comme nous, immigré, étranger ? j’savais pas ! » ; « Moi, m’dame, j’avais pas compris la différence entre immigré et illégalité, je croyais que c’était pareil » ; « Moi j’fais la différence entre immigré, étranger et clandestin maintenant » -« Et moi entre immigration et racisme » ; « Moi, à travers Arabico, j’ai compris qu’on se rassurait tout seul en grandissant, c’est comme dans la cité, on s’en sort tout seul » ; « Moi, j’ai compris que les immigrés, c’était général, pas seulement dans notre cité, dans notre ville, mais partout » ; « Cette expo M’dame ? ça parle de mes parents » -« Non, de nos ancêtres ! » renchérit un autre élève. « En fait, M’dame, personne n’est « pur français » ? ». Je prends des notes, j’explique que j’écrirai sur mon blog quelques verbatims. « Quoi, M’dame ? des ver-ba-tims ? des Verbes du Bâtiment ? ». La parole fuse, débridée, malicieuse et maline. L’on sent la réflexion et la curiosité poindre derrière leur côté provoc’. Une exposition vertueuse.

Palais de la Porte Dorée, Musée de l’histoire et de l’immigration, Jusqu’au 27 avril 2014. www.histoire-immigration.fr

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