Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Ciné : Gaudi, le mystère de la Sagrada Familia

Film documentaire (1h29) de Stefan Haupt

Avant vos vacances à Barcelone, un film-documentaire passionnant à voir : la vie d’un architecte mystérieux et habité, et d’une Sagrada Familia qui n’est pas moins envoûtée. Antoni Gaudi I Cornet précise d’emblée, visionnaire : « Enfant, je voyais une Cathédrale comme une maison de Dieu ». Œuvre de toute une vie, la Sagrada Familia engloutit Gaudi et plus d’un siècle après sa naissance, ce « temple d’expiation » est toujours en construction. Les architectes qui ont pris le relais à la mort de Gaudi, ou à ses côtés, expliquent leur fierté de poursuivre cette œuvre et le travail de la pierre. C’est la pierre qui les guide et non l’inverse. La pierre qui décide si elle peut être sculptée ou non. « Comme une conversation ». La pierre : un maître qui autorise.

Gaudi : « L’éternité est un instant pendant lequel il n’y a plus de temps, pendant lequel le temps suspend son vol ». L’architecte a gravi les marches de l’éternité, et la Sagrada Familia a suspendu son élan.

Barcelone, capitale de la Catalogne, terre de légendes et creuset des religions. C’est là que Gaudi décide d’édifier une « Cathédrale des pauvres ». Le 19 mars 1982 la première pierre est posée. Cet édifice deviendra sa vie, et son tombeau. Gaudi n’a aucun héritage dans ce domaine, né d’un père chaudronnier. Sur un chantier, il remplace un ouvrier et l’architecture s’empare de son âme, dans un Barcelone considéré alors comme centre du monde. Révélation divine, appel céleste. Gaudi suit son instinct : « ça vient de l’intérieur naturellement ». Il recommence entièrement la Sagrada Familia, dont le projet a démarré au 19ème siècle, à partir de la crypte, seul espace terminé et véritable église dans l’Eglise. Il bâtit des piliers dédiés à Pierre et à Paul, évangélistes. Il réalise 24 ouvertures depuis la coupole, symbole de l’Apocalypse, qui culmine à 75 mètres de haut et laisse pénétrer une lumière incidente. Il adapte la nature à l’architecture, car « seul Dieu créé ». Gaudi aurait été inspiré par des champignons sauvages, ou ferait apparaître de manière sibylline des symboles francs-maçons.

Au vrai, Gaudi se voue tout entier à la Sagrada Familia. Il s’y installe, menant bientôt dans une pièce ascétique, une vie misérable, en communion avec le Christ. La cathédrale se lit comme la Bible et convertit ses artisans. L’un des architectes contemporains, bouddhiste à l’origine pour « chercher la foi, ne penser à rien d’autre », est à présent catholique. Pour se rapprocher de Gaudi, le comprendre et terminer la Sagrada Familia en honorant les idées du maître, dans sa foi : « être sculpteur est ma recherche ». La Sagrada Familia devient une religion, et une quête.

Gaudi et ses successeurs conçoivent la façade de la Nativité, ode à la beauté à la plénitude. Tournée vers le ciel, elle porte au centre l’enfant Jésus. Puis la façade de la Passion. Les 4 colonnes ressemblent à des os et rappellent les souffrances endurées par Jésus. Os cylindriques, métaphores de l’arbre hyperbole, comme autant d’articulations : « les nefs du temple seront comme une forêt », avait prévenu Gaudi.

La Sagrada Familia raconte la naissance de Jésus jusqu’à sa crucifixion et les styles évoluent à mesure que les architectes se relaient. La « Passion » s’avère plus contemporaine, avec des angles droits, rudes comme la douleur. La crucifixion forme un Y très moderne. La pensée du maître demeure, Jésus revit, son histoire est réécrite en sculpture. La symphonie des lumières et des couleurs se découvre à travers le travail extraordinaire des vitraux, qui évoquent des images davantage que des atmosphères. La tour du Christ, encore inachevée, l’une des 18 tours de la Sagrada Familia, sera la plus haute atteignant 170 mètres, en béton armé.

Gaudi termine sa vie comme un mendiant. Renversé par un tramway, transporté à l’hôpital personne ne le reconnaît. Il avait prononcé ces paroles comme une incantation : « je vieillirai, je mourrai, mais d’autres poursuivront, ma survie dépend des générations ». Personne ne l’a trahit, en dépit des vives polémiques qui ont entouré l’édifice. Un manifeste a émergé contre sa poursuite, ainsi qu’une lettre ouverte. Etouffés. Aujourd’hui un logiciel d’aéronautique permet de matérialiser la pensée de Gaudi et les signataires du manifeste louent et se dévouent à ce monument incomparable.

Trois millions de visiteurs par an pénètrent cette cathédrale que Gaudi considérait comme devant former « le cœur d’une ville », et lui rendent hommage dans un seul but : « cerner l’essence et la magie de Gaudi » même si cela est impossible, autant que les voies du Seigneur restent impénétrables.

Aujourd’hui une autre menace inquiète : le projet de TGV passera sous la Sagrada Familia, une « œuvre de 130 ans qui vit à son rythme propre ! ». La Sagrada Familia est le temple de la liberté, célébrant la sainte famille, Dieu qui est famille, dont nous sommes tous membres. La Sagrada Famili a pour but de porter la parole de Dieu comme un hymne à la paix, par le biais d’une architecture mouvante, reflet des époques qui se succèdent. Et si ce temple avait pour ambition non affichée de réunir tous les enfants de Dieu, quelle que soit leur religion, leur confession ? L’important est davantage de construire une cathédrale où « tout est providentiel », plutôt que de terminer une œuvre délirante.

Le film est sous-tendu par la Messe en si de Jean-Sébastien Bach, par Jordi Savall. A écouter jusqu’à l’ivresse.

Publicité
Tag(s) : #Cinema
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :