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La Bibliothèque des Arts a publié récemment un ouvrage exceptionnel sur cet homme singulier, de ceux qui n’existent plus : lettré mondain, esthète et dandy. Le comte Robert de Montesquiou-Fezensac, dont la préoccupation majeure a été l’image. Son image. Ses mémoires « Les Pas Effacés » ne parlent que de cela, une démarche visionnaire si l’on considère notre époque où le selfie est devenu la pierre angulaire du culte de l’image. En parallèle cet hédoniste cultivé a publié « Ego Imago », une série de photographies complétant ses textes. La Bibliothèque des Arts a réuni un condensé des textes et de cette iconographie singulière sous une couverture violette –couleur spirituelle, pleine toile illustrée. L’occasion de redécouvrir ce comte fringuant, viscéralement attaché à « montrer son vrai visage, en usant de ce franc-parler si redouté de son vivant » comme le résume le docteur Paul-Louis Couchoud qui précise, au sujet de « Pas Effacés » qu’il s’agit d’ « une façon de sentir et de vivre ». Lui-même, Montesquiou, explique : « Je les ai écrits après de longues réflexions, avec une telle spontanéité, qu’ils ne peuvent être assez valables, ou tout à fait négligeables. On ne se trompe pas à moitié, avec de l’élan. »

 

Ces Mémoires retracent ses différentes naissances, notamment celle qui le précipite dans ses « paperolles », une pratique originale à laquelle il donne vie en emménageant au Pavillon des Muses à Neuilly ; son origine littérale bien sûr ; son passage chez les Jésuites de la rue de Vaugirard qui faisait coexister « trois formes de supplice non catalogués : le réfectoire, le dortoir et l’oratoire. » Elles effacent aussi son enfance sévère et son éducation stricte dont il dit : « Je fais de mon mieux pour être le Montesquiou des Montesquiou… ils ne s’en doutent guère. » Hyper-sensible il l’exprime ainsi : « La sensibilité des adolescents est souvent exquise ; la mienne était folle ; je me souviens d’avoir longtemps conservé une fleur séchée sous le prétexte que je la portais lors de telle rencontre. » Plus tard, il s’adonne au plaisir de lectures interdites et se mêle aux portraits de groupe à Houlgate. Il voyage. En Italie où sa silhouette se creuse de manière spectaculaire : « Je viens de détruire le livre de route de mon premier voyage en Italie, à vingt ans. »

 

Il pose très jeune, aime à être admiré sous tous ses profils. Il pose en compagnie de sa famille, sur le dos d’un père pourtant peu facétieux –le comte Thierry de Montesquiou, en compagnie de ses frères ou, plus tard, aux côtés d’une mère austère, avec leur sœur aînée, « un être sans relief » ; d’amis, de la comtesse Henri Greffulhe, du prince Edmond de Polignac, face à l’objectif d’Otto ou plus rarement de Nadal ; En noir et blanc au château de Courtanvaux, à cheval –« un château de conte de fée » où il écrit un poème déchirant, sur l’exil d’un lieu rêvé ; Auprès de ses cousines, la princesse Joseph de Caraman-Chimay et ses filles au château de Fresne. Il se grimme et emprunte avec allure le rôle de Zanetto, du « Passant » de François Coppée, aux côtés de Sarah Bernhardt ; En villégiatures –« vers les hauts-lieux de l’Engadine », à Saint-Moritz, à Dieppe ou vers « Ce Charnizay jamais aimé » ; Il pose volontiers en chasseur de chauve-souris mis en scène devant des bosquets d’hortensias bleus, en saint Jean-Baptiste ou au cœur de Jardins Japonais dont il est friand ; Il se complait au centre de plaisirs aristocratiques et se moque de déplaire à l’occasion de bals costumés et de provoquer avec Gabriel de Yturri puis seul en bleu d’un photographe anonyme ou en tenue de voyageur toujours avec Gabriel de Yturri, son compagnon –« qui partagea ma vie vint ans, que je ne cesse de regretter, et dont je bénis toujours la mémoire. »

 

C’est par un autre voyage en Italie qu’ « Ego Imago » s’achève, comme une boucle égotiste qui se referme. Venise dont il dit : « Le voyage est parfois nécessaire pour renouveler l’esprit, le féconder. À demeure, il finit par être réduit à la fertilisation hermaphrodite de l’huître d’où il résulte d’étranges monstres littéraires. L’agrément du voyage n’est point voyager ; mais transporter pour un temps, transposer son existence. »

 

C’est cela « Ego Imago », un voyage de l’image qui part d’Europe et s’achève en Orient, costumé en Aladin. C’est magique, démesuré, flamboyant et élégant.

 

Ego Imago, Robert de Montesquiou par Philippe Thiébaut. 132 pages, 70 illustrations en quadrichromie. 49 euros.

www.bibliotheque-des-arts.com

 

copyright © Patrice Schmidt 

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