Victor Hugo, ennemi d'état (2/2)

La série

 

Véritable défi pour la productrice Iris Bucher qui explique : « Il s’agissait d’incarner à la fois l’homme politique et le séducteur, de le rendre accessible au grand public. Cette incarnation prend son sens pendant des périodes de révolutions, il a notamment fallu reconstruire le Paris de 1848, les extérieurs ont été tournés dans l’un des rares villages français qui reste médiéval. » ; « La genèse ? cet échange stupéfiant de lettres entre Juliette Drouet et Victor Hugo, plus de 1000 pendant les 50 ans que durent leur liaison ! La période de 1848 à 1851 est celle qui a le plus bousculé Victor Hugo dans ses convictions politiques et intimes. C’est ce basculement qui constitue le point de départ de la série, à travers ces missives uniques ! »

À cela, rajoutons l’importance de la musique. Le piano comme fond du volet romantique, les combats qui appuient la dimension politique. Des décors, en particulier les ors des Palais du pouvoir et le rôle des personnels d’entretien, comme les jardiniers en contrepoint des quartiers insalubres comme le Montparnasse (littéralement, mont de détritus). Une fresque télévisuelle atypique, entre peinture (le pouvoir) et dessin (le peuple), avec comme point d’orgue la photographie (photographie de Victor Hugo par Nadar, en particulier).

 

1848 : l’entrée de la classe ouvrière en France et la fin de la Régence ; Victor Hugo n’est plus qu’un simple citoyen. Juliette Drouet joue un rôle décisif, en prodiguant des conseils de prudence politique à son amant. Elle incarne le peuple, Victor Hugo y est sensible. 1851 : elle reçoit un paquet de lettres qui prouvent l’infidélité de Victor Hugo. Une liaison de sept ans, qui accablera la fidèle et loyale Juliette Drouet, davantage en découvrant que les termes employés par Victor Hugo sont les mêmes que ceux dont il use à son égard depuis déjà presque vingt ans, que par la trahison en soi ! Une trahison néanmoins effroyable, à laquelle viendra s’ajouter le coup d’état du 2 décembre 1851, événement culminant d’une année opaque.

Victor Hugo finira par reconnaître : « Sois heureuse en te souvenant que tu as été une bonne, brave, généreuse et admirable femme, que, si je vis, c’est par toi, que tu t’es dévouée pour moi, et que je baise tes pieds, et que je t’aime. » Certes lyrique, mais tellement romantique. Quoiqu’il en soit cette période est celle des libertés que Victor Hugo va défendre, qui vont le conduire à tous les combats.

 

Une interprétation remarquable de Yannick Choirat, homme de tréâtre aguerri à la dramaturgie oratoire. Il prête ses traits et son éloquence au jeune et ardent Victor Hugo. On ressent chez l'acteur un élan semblable à celui de Hugo, à la tribune de l'Assemblée nationale. Quant à Isabelle Carré, elle ne se fourvoie décidément pas, que ce soit au théâtre, au cinéma ou à la télévision. En Juliette Drouet, discrète en apparence, sans qui cependant Victor Hugo ne serait pas le grand homme que l'on sait, elle est épatante, son amour chevillé au corps. 

 

« Victor Hugo, ennemi d’état », c’est trois révolutions du peuple français et celle d’un homme dont la vie sera mise à prix à hauteur de 25.000 francs au nom de la République ; c’est la proclamation des droits de l’Homme et de la République ; c’est la naissance de l’amour et des libertés ; c’est « Les Misérables », chef d’œuvre entre tous : « Qu’est-ce que les convulsions d’une ville auprès celle des émeutes de l’âme ? L’homme est d’une profondeur plus grande encore que le peuple » ; c’est la souveraineté du peuple : « Soldats, laissez parler votre conscience ; vous êtes le peuple vous aussi ! » ; c’est, au nom de la République, l’exil pour poursuivre la lutte et ne pas trahir ses idéaux.

 

Un événement France Télévisions. France 2 : une mini-série et un numéro spécial Victor Hugo de Stupéfiant ! France 5 : un documentaire. En association avec France Culture.

 Lundi 5 et mardi 6 novembre à partir de 21.00 : Victor Hugo, Ennemi d’État, mini-série, 4 x 52 min.

Lundi 5 novembre à 22.55 : Stupéfiant ! Spécial Victor Hugo, magazine culturel. 

Dimanche 4 novembre à 22.35 : Victor Hugo, un siècle en révolutions, documentaire, 52 min.

 

Exposition à la Maison de Victor Hugo : Caricatures

 

Victor Hugo fait aussi l’actualité en caricatures : « Hugo à la Une ». Poète, romancier, dramaturge, homme de théâtre, homme politique, homme de presse et de médias : il a été l’objet de nombreuses représentations. Cette exposition démontre que la liberté de penser, la liberté de ton, de mots et d’esquisses est plus que jamais un devoir, une nécessité qui invite à prendre du recul, avant toute mesure comminatoire et arbitraire, avant la censure.

 

Le parcours de l’exposition suit les jalons de la série et du documentaire : 1830-48, la forte tête ou « caricatures de sympathie ». Victor Hugo, au front proéminant, se fond dans ses propres décors romanesques, comme Notre-Dame, ou ceux de ses pièces de théâtre : « Les Burgraves ». 1848-51 : la détestation générale ou « caricatures d’opposition » qui coïncide avec son entrée en politique, ses choix versatiles, son passage à gauche. 1852-70 : la renommée de l’absent ou « caricatures d’hommage » au coup d’état du 2 décembre 1851, à son exil, à l’écrivain. Enfin, 1870-85 : apothéose ou « caricatures de consécration », « vêtu de blanc, une lyre à la main, il s’élève dans les cieux, lumineux et glorieux ».

 

 

Maison de Victor Hugo, « Caricatures : Hugo à la une », jusqu’au 6 janvier 2019.

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