Grevisse : le petit bon usage de la langue française

Pour clôturer cette année riche en écritures de toutes sortes, et à l’heure où les auteurs traduisent leurs inquiétudes et colères en actions concrètes, notamment avec la création de la ligue des auteurs professionnels, visant notamment à « remettre l’auteur au centre de l’économie du livre et revaloriser la place des créateurs au sein de l’exception culturelle française », mais aussi à faire de « la défense du droit d’auteur (…) au niveau européen, une priorité », deux ouvrages ont retenu mon attention. Un guide de grammaire française dans une version simplifiée et accessible : le « petit » Grevisse d’une part, écrit par Cédrick Fairon et Anne-Catherine Simon (deboeck supérieur éditions), d’après l’œuvre de Maurice Grevisse, saluée autrefois par André Gide. D’autre part, un ouvrage sur les figures de style dans le langage parlé, le cinéma, la chanson, la publicité et la littérature, que l’on doit à Patrick Bacry, expert auprès de la commission d’enrichissement de la langue française (Belin éditions). Étienne Bonnot de Condillac, contemporain de Rousseau et Diderot, deux figures emblématiques de la langue française et de l'art oratoire et des dialogues disait : « Je regarde la grammaire comme la première partie de l’art de penser. » Eh bien pensons. Ces deux ouvrages constituent de véritables bibles contemporaines du maniement de la langue de Molière, Nothomb, Levy, Éluard, Beigbeder, Goscigny, Hitchcock, Chabrol, Lemesle, Sylvestre. Car le point commun de ces livres est leur cohabitation originale d’auteurs, toutes formes d’expressions artistiques réunies : la bande dessinée, le roman, le récit, le scénario, le théâtre, la chanson, le poème, l'essai, bref un condensé de notre patrimoine culturel le plus large. On (re)découvre (sans que cela ne soit exhaustif ou ordonné) la finesse de notre langue, sa complexité grammaticale, on comprend les écueils à éviter et l’usage de quelques subtilités telles que la ponctuation, la formation des mots et la sémantique, les nombres, le rôle des adverbes, adjectifs ou prépositions, les sonorités et l’harmonie, le pastiche, la prononciation, le rythme, les cas particuliers bien sûr dont la langue française, malicieuse, est si friande. Les auteurs classiques en côtoient d’autres, contemporains et l’ensemble est malin, singulier et cohérent. « Je n’ai d’autre fonction ici que de traducteur » : quand Morgan Sportès se rapproche de la Fontaine : « Qui ne court après la fortune ? » s’agissant de l’emploi de « Ne » ; Ailleurs Georges Brassens : « L’ombre de l’ici-gît pas à pas me suivait » prolonge Victor Hugo : « Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même / Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ; / S’il en demeure dix, je serai le dixième ; / Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là » s’agissant des métonymies. Alliances improbables ? il s’agirait davantage d’alchimies vertueuses pour toujours mieux apprivoiser les règles majeures de la langue française, de manière non académique, par la citation et l'envie, celle de tendre vers l’émotion. Or l’émotion, comme le souligne Claude Lemesle n'est « Ni abstraction ni flonflon mais des racines et de la sève. »

 

« Avec le temps, / avec le temps, va, tout s’en va, / » chantait Léo Ferré. Avec le petit Grevisse et les figures de style, la langue française demeure plus que jamais tonique, exclamative, plurielle. Deux outils essentiels pour gagner du temps et du talent.

 

Le petit bon usage de la langue française, la grammaire qui aime les écrivains. Nouveau Grevisse indispensable pour toutes les générations. Cédrick Fairon et Anne-Catherine Simon, d’après l’œuvre de Maurice Grevisse. Deboeck supérieur éditions. 544 pages. 29 euros.

 

 

Les figures de style et autres procédés stylistiques. Patrick Bacry. Belin éditions, collection Alpha. 480 pages. 11,90 euros.

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