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Contre nature, Cathy Galliègue

Contre nature, Cathy Galliègue

Seuil éditions, roman, 272 pages, 18 euros

 

« Contre nature » est le troisième roman de l’auteure, qui réside en Guyane, où elle dirige le labo des histoires. Inspirée par les sujets sociétaux (la folie, l’alcoolisme, l’emprisonnement), et taraudée par cette question : comment trouver sa place dans la société, ses romans traduisent l’indicible avec pudeur. C’est souvent la nuit, que ses protagonistes se manifestent, torturés. Cathy Galliègue fouille avec patience et justesse, leur psychologie, pour dévoiler d’eux leur part d’ombre et de lumière. Ses personnages invitent à considérer deux types d’individus : ceux qui résistent et ne passent pas à l’acte, qui ne cèdent pas à leurs pulsions démoniaques et fatales. Ceux qui s’enlisent et commettent l’irréparable. Ceux-là, on aurait envie de les mépriser, les ignorer, les vouer aux gémonies et ne plus jamais en entendre parler, après tout : ils ont rompu le pacte moral. En l’occurrence, « Contre nature » met en scène trois personnages féminins, qui se retrouvent en prison, eh bien : qu’elles y restent, aurait-on tendance à morguer. Qu’on les y abandonne : Vanessa (dont il se dit qu’elle ressemble à l’angélique Paradis) la proxénète, Leïla qui a commis un maricide et Pascale, coupable de néonaticides, le pire des crimes, en prison. Car même en prison, la protection de l’enfance demeure souveraine. Eh bien contre toute attente, on a envie d’apprendre à connaître ces tragédiennes contemporaines, et de les comprendre. Mieux : il ne nous viendrait pas à l’idée de les juger, ni de commenter leur passage à l’acte, pourtant répréhensible. L’empathie nous gagne.

Roman après roman, Cathy Galliègue convoque des héroïnes féminines complexes, écartelées entre toutes ces injonctions faites aux femmes. Ses romans développent non seulement des faits de société, mais ils portent aussi une parole féministe. Cathy Galliègue est convaincante : elle adopte une manière moins brutale et tout autant engagée de combattre les injustices, en y confrontant des femmes qui ont fini par se résigner. Nous, de l’autre côté, hors les murs, nous avons encore le pouvoir de nous indigner, nous révolter et combattre, continuer à défendre les droits qui se délitent. Nous, lecteurs et lectrices, détenons le contre-pouvoir. 

 

« Contre nature » ce sont trois femmes meurtrières que la littérature va réunir. Le livre, symbole de toutes les luttes et de toutes les résiliences. En prison pour perpet’, elles vont participer à un atelier d’écriture salvateur et unique en son genre : la coordinatrice leur propose une « opération nationale », en vue d’écrire un manuscrit susceptible d'être sélectionné par un éditeur. C’est le moment où jamais, pour ces femmes, de traduire leur vérité devant un jury populaire, et de s’affranchir. La rédemption est à l’œuvre. Personnellement, j’aurais commencé par cette situation, et situé l’ensemble du roman au sein de cet atelier. Cathy Galliègue a adopté une structure différente et donne à écouter chacune de ces trois détenues, une par une. On les suit dans leur univers d’autrefois et dans les méandres de la prison. Cet aspect-là aussi, aurait gagné à être circonstancié, de sorte qu’on en éprouve davantage le lent et inhumain processus de déshumanisation et d’infantilisation. L’atmosphère carcérale est presque anecdotique, ce roman aurait pu être situé dans n’importe quel autre contexte : au tribunal, pourquoi pas, pendant les plaidoiries et les réquisitoires. Seule la parole de ces femmes et leur sincérité (à l'égard d'elle-même, pour commencer), aide à disséquer ces passages à l’acte, ce qu’elles ont ressenti, éprouvé, les tortures psychologiques d’avant, d’avant le crime, leur peine, leur existence niée.

Et si ce roman permettait de tirer un trait sur nos préjugés, nos certitudes, et de continuer la lutte, sans arme, sans violence ni provocation, sans vulgarité. Un combat pour les droits des femmes, qui demeurent fragiles, et pour l’éducation en creux, plus que jamais nécessaire grâce aux mots, et à la culture.

Tag(s) : #roman, #cathy galliègue, #contre nature, #seuil
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