L’histoire de la langue française, Bernard Fripiat

L'histoire de la Langue Française, Bernard Fripiat

3 minutes pour comprendre

50 moments-clés de l’histoire de

la langue française

 

Bernard Fripiat, scénariste belge de la série orthograffe.com, est spécialiste de l’histoire des mots. Agrégé d’histoire et chroniqueur radio. C’est au micro d’Europe 1, que l’auteur de ce « 3 minutes pour comprendre » a rencontré la journaliste Wendy Bouchard. Elle s’est prêtée à l’exercice de la préface avec amusement. On en apprend davantage des mots et de leur orthographe, de leurs exceptions et nuances. Une langue française complexe, dont chaque mot trouve pourtant une explication logique et prouve son extraordinaire capacité à s’adapter et se réinventer, grâce aux imprimeurs, éditeurs, auteurs, chanteurs, rappeurs, poètes ; grâce à l’influence discrète et toujours mesurée des femmes.

C’est à Raymond Devos que fait d’emblée référence Wendy Bouchard, l’humoriste, maître des punchlines et autres traits d’un esprit curieux, facétieux et toujours en quête du mot savoureux : « le rêve des mots et la possibilité d’en rire. » Bernard Fripiat s’inscrit dans cette lignée, un même culte, une ferveur inépuisable, une quête jamais tarie du mot et de la langue. Et pour commencer, n’ayons pas peur de se confronter à l’ortho… graffe ou graphe ? L’occasion de découvrir la formidable aisance de l’Académie, pourtant si décriée. « L’Académie écrit nénuphar en 1694 (…) ; nénufar de 1718 à 1878 (…). En 1935, elle remet nénuphar (…). Dans sa dernière édition, elle nous laisse le choix. » Mais voilà : l’Académie n’a jamais raison. D’un côté puristes, d’un autre biologistes. Pourquoi faire simple ? On se souvient du crétinisme de Dennys Arcans, dans ses « Invasions Barbares ».

 

C’est cette histoire, que raconte l’auteur. À l’origine. Tout commence dans les régions du Caucase. Berceau des langues indo-européennes, constitutives de la langue française. Le grec, le celte parlé et le germain fixent notre vocabulaire. Et ça se complique aussitôt. « La prononciation kw de l’indo-européen évolue en p ou q. (…) Naturellement, le français appartient aux deux : hippie, équitation. »

Sauf que. « Normalement, l’origine du français devait être gauloise. » C’était sans compter sur ses malédictions immanentes : la langue des vaincus, non unifiée, et « le fait que les druides refusent d’écrire leur savoir. » Gaulois versus latin et un alphabet phénicien, phonétique, sous influence grecque et marseillaise d’une part, latine et cicéronienne d’autre part. « Je t’aime… moi non plus. » Sans oublier les dérivés : latin populaire, d’église. Le francique des Germains. La figure de Grégoire de Tours émerge. Le premier à douter, quant à l’orthographe et au genre des mots, face au féminin, qui l’emporte.

 

Au Moyen-Âge, le français, issu du foyer, détrône le latin langue vivante propre aux clercs, à l’administration, à la justice, à la littérature ; la prononciation s’émancipe. Les pluriels, les sons en « ols », les analogies, la nasalisation donnent à la langue française son caractère original. L’enseignement se développe. Les troubadours, trouvères et poètes irriguent la langue : ancien français, dialectes, langue d’oc et d’oïl, picard, wallon, provençal. Les romans traduisent les aventures de la Table ronde, en langue romane. L’art oratoire se fraye un chemin, le chant s’impose. Saint Louis prône le français au détriment du latin ; l’orthographe se simplifie, sous l’impulsion de Beaulieux et Gaston Paris ; l’écriture devient gothique. Ça va vite : on abrège, le « x » s’impose, les sons deviennent plus audibles. La personnalité marquante est François Villon, le vagabond et brigand qui écrit moderne. En phase avec son époque.

1453 : l’imprimerie naît. Un bouleversement majeur. Les manuscrits font leur apparition, ainsi que de nouveaux métiers. Les auteurs apprennent à soulever leur plume, pour incorporer un accent ou une cédille et la justice officialise la langue française, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts, en 1539. Robert Estienne, soucieux de règles et de grammaire, donne son prénom au dictionnaire.

« Privées de latin, car la prêtrise leur est inaccessible, les femmes avaient tendance à écrire plus simplement. » Précisément : les précieuses, en simplifiant la langue, contribuent à la raffiner, sous couvert de libertinage. On leur doit : « billet doux », « s’encanailler », « le mot me manque » ; le français devient bientôt le sujet de discussion des immortels.

La Comédie-Française se rebaptise « Maison de Molière » ; l’auteur dramatique est réputé classique parmi les classiques.

 

Et puis, il y a Voltaire le progressiste, qui demeure aujourd’hui l’un de nos influenceurs : « L’orthographe de la plupart des livres français est ridicule ». Voltaire s’érige en visionnaire et réformateur. Il interroge la graphie, met en parallèle prononciation et écriture, critique les anglicismes. Il imagine le Littré et le Larousse, avec un siècle d’avance.

Et puis, il est de plus en plus question de féminisation. Commandante au Moyen-Âge, peintresse au XIIIè s., autrice au XVIè s. existaient déjà,  mais cela ne suffit pas. L’Académie ne s’y oppose pas. Pas davantage aux femmes soucieuses de conserver les appellations masculines de leur métier ou fonction. Le choix prévaut.

 

Ce n’est sans doute pas le hasard si le romantisme traduit l’acmé de cette histoire si riche, de la langue française. Le chantre de ce courant, François-René de Chateaubriand, se revendique conservateur.

On a aussi le droit de s’opposer à ceux qui ne s’opposent pas. Le tout est d’argumenter, d’adopter une posture emprunte d’élégance et de panache.

Quelque chose qui s’est perdu. Où sont passés les dévots des mots, l’humeur, l’humour, la malice d’appréhender la langue française, source de fierté, de liberté, de fraternité et d’égalité ?

 

Un ouvrage qui tombe à pic, dans lequel il suffit de picorer ici et là pour attiser une soif de mots, vernaculaire et poétique, éloquente et truculente. Peut-être l’occasion d’alimenter une nouvelle étape de l’évolution cette langue, la 5ème mondiale, présente sur les 5 continents. Or le 5 symbolise le renouveau, le souffle de vie et l’harmonie.

 

3 minutes pour comprendre, 50 moments-clés de l’histoire de la langue française, éditions Le Courrier du Livre, Trédaniel

 

 

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