Les Linceuls, drame-SF, de David Cronenberg (2h)
L’idée est gé-niale : Karsh (Vincent Cassel dans son meilleur rôle, d’une distinction folle, et d’un jeu admirable entre naïveté et pouvoir) a créé le caveau connecté grâce à un ingénieux linceul aux propriétés quantiques, qui recouvre le mort. La tombe est sobre, munie d’écrans reliés à une application sur smartphone qui permet d’apprécier le corps en décomposition. Il a été jusqu’à imaginer un complexe spectral-chic composé d’un restaurant genre lounge aux verrières avec vue sur le cimetière connecté.
Pour lui qui ne se remet pas de la disparition de sa femme, Becca, son invention ultra-moderne le soulage du désespoir, dans son loft sombre et japonisant, entre rêves vaporeux et visions cauchemardesques sur son lit ceint d’une mare de carpes géantes et fluorescentes. Dans cet antre sophistiqué, il domine la ville comme avec son installation high-tech il régit vie et mort.
Jusqu'à ce jour où il aperçoit des ganglions énigmatiques dans le crâne de Becca. Il grossit l’écran jusqu’à les pixelliser : formes douteuses.
Pour le moment le film de Cronenberg est passionnant, tellement crédible et réaliste de futurisme incongru. J’étais accrochée à mon fauteuil, mon corps tout uniment tendu vers la résolution. C’est alors que tout dérape et, pour ma part, je n’ai plus rien compris au film qui s’abracadabrantise. Les hypothèses se multiplient, toutes plus invraisemblables. D’abord, il est question de piratage informatique. L’affaire se corse et se politise : les Chinois versus les Russes sur fond d'avancées technologiques et d’empires dominant l’humanité. Puis se réhumanise en se concentrant autour des deux frères séparés des deux sœurs (l’une morte et l’autre divorcée), avec en arrière-plan, la jalousie. Le propos se sexualise sur fond d’excitation obscurantiste et conspirationniste (glauque). Il est aussi question de cancer et d’explorations médicales en laboratoires (gores). enfin, voyage en pays de l’Est avec une aveugle richissime et ultra-puissante. Il est aussi question de toilettage canin. Et surtout... de corps, objet de toutes les fascinations.
Qu’importe cet entrelacs : Vincent Cassel est vraisemblable, campant un David Cronenberg réel à s'y méprendre. Quant à Diane Kruger, qui interprète Becca et sa sœur, elle fascine, magnétique. Dans le rôle de la sœur de Becca, j’ai cru voir apparaître Jessica Lange dans American Horror Story… frissons garantis.