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La Condition, comédie dramatique, historique, de Jérôme Bonnell (1h43)

Jérôme Bonnell
La Condition

Un film adapté d’un livre de Léonor de Récondo (« Amours » aux éditions S. Weispiser, 2015), c’est déjà un gage. Léonor de Récondo écrit, crie même, l’émancipation des femmes. Que ce soit en tant que romancière (ici) ou comme écrivaine de l’intime en récit, en subtile élégance. Ses textes portent une influence aussi discrète que durable. Son ouïe supérieure de violoniste l’aide sans doute à écrire juste et sensible. Un livre plusieurs fois récompensé (grand prix RTL, prix des libraires) rajoute de l’assurance même s’il posait un défi au réalisateur : donner envie de suivre une chronique de la société bourgeoise du 19ème siècle, aujourd’hui. Réussi. Une vague atmosphère chabrolienne, nimbée d’une brume turnérienne, pour cette histoire qui résonne moderne. Car les préoccupations d’hier demeurent, semblables. Autant de bonnes raisons d’aller voir « La Condition » de Jérôme Bonnell.

Les préoccupations d’hier et d’aujourd’hui ? l’enfermement, la domination sociale, devenir mère, le viol conjugal, l’adultère, le secret qui ronge et l’emprise familiale, le mensonge, le poids de la religion et tout ce qui limite.

Un film lent, qui prend le temps d’installer faits et gens et dont l’issue, redoutable et géniale, n’est à aucun moment perceptible. Comme un secret qui met des générations avant de se libérer. C’est d’ailleurs ce silence diffus que filme le réalisateur.

La condition, c’est un silence suffocant qui confine sur une dorsale épineuse. Un vertige et un malaise en huis-clos qui cloîtrent d’effroi.

Les acteurs bouleversent. Dans la famille aristocrate, Emmanuelle Devos, la mère, muette et alitée, inquiète étrangement. Swan Arlaud, le fils et mari, divise et terrifie, passant d’une humeur à l’autre, d’une décision à son contraire, de la colère au chagrin. Un homme tourmenté et écartelé, qui ne parvient pas à se situer. Ce grand acteur qu’est Arlaud explique « L’enjeu était d’arriver à l’humaniser sans le défendre ». L’épouse, Louise Chevillotte, quoique empêchée, conditionne. Se méfier de ses allures et sourires conformes. Conformiste ? en apparence. Face à elle, la petite bonne humiliée et manipulée : Galatea Bellugi. Se méfier des petites bonnes dociles aux yeux céruléens, aux joues couleur de rose et aux larmes de circonstance. D’autres personnages gravitent, chacun d’entre eux apportant un éclat indispensable à cette oppressante comédie humaine, aux codes si contemporains.

Rien de superflu dans ce film délicat et puissant, comme l’écriture de Récondo. Rien de surjoué ni d’affecté. Nulle morale. Ni gentils ni mauvais. De la complexité, des corsets et des non-dits. Autant que faire se peut.

Une chronique intimiste, filmée tout en pénombre, où chaque personnage évolue avec finesse, jusqu’au dénouement, libérateur et séditieux.

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Tag(s) : #comedir dramatique, #historique, #Jérôme Bonnell, #Swan Arlaud, #Emmanuelle Devos, #Louise Chevillotte, #Galatea Bellugi
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