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Le Pays d'Arto, drame de Tamara Stepanyan (1h44)

Tamara Stepanyan
Le Pays d'Arto

En 2021, Céline (Camille Cottin -grandiose en mode intimiste, tout en doutes intérieurs) arrive en Arménie pour la première fois. À Gyumri, sur des terres arides et aux ruines soviétiques, encore à l’abandon toutes ces années après le tragique tremblement de terre de 1988. Elle se rend aux Archives régionales dans l’intention de récupérer le certificat de naissance de son mari, Arto. Aux Archives, Arto n’existe pas. Ce n’est pas possible, Céline le prouve : il s’est suicidé le 21 novembre dernier.

Le 21 novembre. À quoi cette date peut-elle faire référence ? Dès que Céline l’évoque, les interlocuteurs sont aussitôt saisis d’effroi.

Insistante, Céline finit par découvrir qu’Arto est bien né ici, en 1968, sous un autre nom. Une identité que Céline ignorait. Un choc pour cette jeune femme qui pensait effectuer un voyage de formalités sans conséquences.

Commence alors, pour Céline, une quête qu’elle effectue plus ou moins à son insu, comme entraînée par les fantômes arméniens et les survivants qui, s’ils semblent hésiter, n’attendent qu’une chose : exorciser leurs souffrances, parler des guerres et des traumatismes, des exils sans retour possible et des exodes forcés, de leur terres de sang et de cœur, si organiques et si sacrées que même en diaspora, partout ailleurs dans le monde, ils ne les oublient pas.

Des terres que les jeunes rappent avec entrain, des raps comme des fables.

Qui était Arto ? Pourquoi a-t-il changé de nom ? Que lui a-t-il caché à elle, son épouse bien aimée, et à ses enfants, depuis plus de vingt ans ?

Elle le croyait polytechnicien et ingénieur, elle le découvre soldat, identifié comme déserteur lors du premier conflit avec l’Azerbaïdjian. Et en Arménie, déserter est un crime.

Il va lui falloir se rendre au Haut-Karabagh, en plein conflit ultra-sophistiqué au moyen de drones, pour comprendre qui était Arto et quel est ce Pays d’Arto, qu’elle ne connaît pas.

Le film est lent, presque indolent. Ça contraste avec l’état d’une guerre qui n’en finit jamais. Les paysages, des montagnes rosées aux buissons verdoyants, désertiques, s'étendent à perte de vue. S’y frayer un chemin n’effraie jamais Céline, dans sa recherche de vérité. Un road-trip qu’elle effectue avec Arsiné, combattante clandestine qui l’entraîne dans son trafic d’armes.

Céline et Arsiné m’ont fait penser à Thelma à Louise. Le pitch ressemble drôlement : « une excursion d’un week-end qui se transforme en cavale » à travers l’Arménie -ou ce qu’il en reste, de ces terres toujours plus conquises. Thelma et Louise, rappelle la fiche Wikipédia, « met en scène deux héroïnes répondant par les armes à la violence masculine ». Une violence qui se jauge ici à l’aune d’un pays pacifiste et enclavé, au milieu de pays dominants.

Sur leur route: check-points et soldats, risques et périls. La cavale prend fin à Agdam, où elles rencontrent Rob qui peut-être, saura expliquer qui était Arto et quel est ce pays d’Arto.

Ou bien, ce voyage aura-t-il permis à Céline de le comprendre seule, pour pouvoir donner un sens au reste de sa vie, et des explications à ses deux enfants, mais aussi de leur offrir le choix d’adopter ou non la double nationalité, celle de leur défunt père.

C’est un film à la fois terrien, onirique et sensoriel, réalisé à hauteur d’un pays tout entier ; à hauteur d’humanité, d’Arméniens et d’Arméniennes qui luttent, généreux et suspicieux, valeureux et las. C’est aussi un road-movie, qui permet d’alterner les cadences, entre train, 4x4, van et marches sur des routes et des rails tortueux. C’est aussi un film de spectres qui ne désertent jamais ni ne renoncent, tant que justice et réparation n’a pas eu lieu. C’est tout simplement un film chaleureux, de coutumes, de musique, d’attentions et de détails.

Le casting est incroyable : Camille Cottin, sobre, filmée au plus près de son grain de peau et de ses réflexions intimes ; Zar Amir incarne avec justesse ce personnage d’Arsiné, disponible et trouble, mi-iranienne et mi-arménienne, exilée qui ne se résout pas à quitter son pays et le combat. Rob -Denis Lavant, toujours si extraordinaire, si dramaturgique, campe un personnage qui à lui seul, pourrait décrire ce pays, l’Arménie ; son visage buriné, sa diction impeccable en reflètent l’histoire et la géopolitique, sa littérature et sa poésie.

Les autres acteurs, Arméniens, sont à l’image du peuple : paisibles et tourmentés, accueillants même vampirisés, sincères et robustes. Qui malgré tout, prennent le temps d’observer, de se recueillir et de danser. Un pays qui donne envie d’y mêler son destin.

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Tag(s) : #drame, #le pays d'arto, #arto, #Camille cottin, #Zar Amir, #Denis Lavant, #Tamara Stepanyan, #Arménie
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