LOL 2.0 Comédie de Lisa Azuelos (1h45)
C’est @allocine qui va encore me maudire pour cette chronique que la plateforme va sans doute me refuser : « Pas de réf’ perso » argumenteront-ils.
Cher @allocine comment chroniquer un film de ref’ perso sans ref’ perso ? Écrire des critiques qui tendent vers l’universel, certes, mais en l'occurrence, tout l’enjeu de chroniquer ce film écrit à partir de la vie intime de la réal’, qui y insère une multitude de refs’ persos malicieuses et touchantes, est de raconter sa p’tite ref’ perso LOL 2.0 à soi, puisque l’universel, ce film le touche précisément pour convoquer en nous nos souvenirs vintages de l’intergénérationnel.
D’ailleurs, c’est à l’âge de 55 ans, celui de Sophie Marceau dans le film, sans doute celui de Liza Azuelos dans la vraie vie, que tout bascule dans ma vie, l’âge est la première des refs’ qui remplit d’émoi. Que je décide d’écrire vintage, en mode souvenirs, pour raconter l’amitié, l’intergénérationnel, l’amour, les déboires, les succès, les évolutions sociétales, 55 ans, l’âge où on devient MILF, l’âge où la GenZ, notre descendance, commence à nous la faire à l’envers, avec son propre vocabulaire, ses propres refs’ qui ridiculisent les nôtres devenues ringardes. Mais voilà : ce film ringardise la ringardise. Tout se vaut bien, en vérité. Tout se partage. Une ref’ ne dépasse ni ne surpasse l’autre, elles se complètent.
Sophie Marceau n’excelle jamais autant que dans ces films légers et attendrissants, charmants. Ici, il lui suffit de changer de POV : ado puis jeune femme face à ses parents, dans LA BOUM, parent dans LOL face à ses ados et à ses jeunes femmes et homme, filles et fils, adultes en devenir. Elle a les refs’, elle a passé haut la main toutes les épreuves.
Louise, 25 ans, se fait larguer, son projet de startup avec celui qui l’éconduit se dissout dans le même temps. Avec son chagrin, elle revient à la maison en mode échec. Que va-t-elle faire de sa vie, alors que les réseaux d’aujourd’hui ne cessent de vanter des meufs et des frérots successfull, ultra sophistiquées, qui vivent de trafic de marketing et d’influences en majorité superficielles et si fragiles, à faire l’éloge de la surconsommation, ce que précisément cette même GenZ, dans toute sa contradiction, rejette pour plus d’éthique.
Un autre film raconte ce passage vers la vie adulte, nébuleux : « Le premier jour du reste de ta vie » et c’est cette ref’-là que j’ai choisie pour raconter mon anecdote. Extrait d’une « Ballade Confinée ». Mon POV se situe plutôt du côté de Louise, 25 ans, quand elle recommence sa vie à zéro.
Quant à moi (redevenue francilienne et bientôt chômeuse), je passe mon temps en boîte, la nuit, et dans mon lit, le jour. Quand je me réveille, vers dix-sept heures, maman accepte (à contrecœur) de jouer au scrabble en attendant le retour de papa. Des parties interminables et lassantes. Je ressemble à un fantôme. Quand je visionne le film de Rémi Bezançon, « Le Premier Jour du Reste de ta Vie », je me reconnais dans le personnage de Raphaël, interprété par Marc-André Grondin revenant habiter chez ses parents et régressant, après avoir épuisé ses ressources dans les concours de Air Guitare. Pendant les parties de scrabble, je mange des tablettes de chocolat. Je déteste le chocolat, rien que l’odeur m'écœure. Pourtant, plus le chocolat me dégoûte et plus j’en croque. Le corollaire évident, c’est que je grossis. Même si ce n’est pas ma nature, comme tout le monde, à manger du chocolat en jouant au scrabble, en état de torpeur, ce qui pend au nez, ce sont les kilos superflus. Ça ne fait que rajouter du mal-être à mon malaise et de la colère à mon état d’esprit enténébré. Colère que je dirige vers mes parents, qui me supportent et me soutiennent. Ou vers mes amis si présents. Maussade et de mauvaise foi, tout y passe. Je torpille.
Aujourd’hui, si je devais réécrire cette élucubration, je changerais de ref’ pour me rallier à LOL 2.0 et à une ref’ de meuf de mon âge.
Sans enfant, je me suis aperçue que je ne connaîtrai jamais ce plaisir régressif d’accueillir ma fille de 25 ans chez moi, à ce moment de ma vie où je me dis, Ça y est, j’ai fait le taf, je peux penser à moi rien qu’à moi, avant que ma fille, et sa peine, viennent tout bousculer. Je ne connaîtrai jamais ce plaisir de devenir grand-mère après avoir d’abord rejeté cette simple idée qui me fait à elle seule prendre un méchant coup de vieux. Or, ce plaisir des dénis semble aussi merveilleux. Je ne connaîtrai jamais ce plaisir de manger un carré de chocolat hallucinogène par inadvertance ni cet autre d’allumer le joint abandonné par ma fille -en son absence, réminiscence de mes propres 25 ans, je ne connaîtrai pas cette petite fierté de faire fantasmer un copain de ma fille, de devoir réapprendre un nouveau langage, celui d’une autre génération, que j'ai moi-même contribuée à engendrer.
Mon POV ne peut être que celui de Louise, la fille de 25 ans parce que sans enfant, je resterai une enfant toute ma vie, une ado, une jeune femme, l'enfant de mes parents.
Il paraît que le Verseau, dont je suis, est solitaire au point de finir, en général, sa vie seul. Je ne sais pas si c’est triste ou réjouissant, ça me correspond c’est vrai. Dans le même temps et pour la première fois, LOL 2.0 m’a donné envie de goûter d’autres plaisirs -grégaires et familiaux.
Le scénario est aussi malin que malicieux, écrit en mode intergénérationnel, de bonnes refs’ égrenées ici et là. À bon escient. Jamais agressives. Ni culpabilisantes ou difficiles à avaler. Sophie Marceau est lumineuse, drôle, juste, une chouette mère qui me rappelle la mienne et peut-être aussi la mère de ma mère et ces mêmes conflits générationnels. Son fils, interprété par Victor Belmondo, et sa fille, par Thaïs Alessandrin, sont convaincants : ils rayonnent, ils vibrent, ils ont la vingtaine et ils sont beaux. Indépendants et autonomes. Mais pas tant que ça. Incarnés par des acteurs impeccables pour le rôle, qui jouent de ces paradoxes comme s'ils passaient leur vraie vie à les vivre. Retrouver Vincent Elbaz est aussi une sacrée réjouissance, son rire, sa fantaisie, sa joie de vivre éclatent comme souvent, dans les rôles qu’il choisit de défendre. Belle surprise, cher Vincent Elbaz, on peut dire que vous avez la ref’ quelle que soit l’époque et l’univers, vieillir vous sied tellement. Ô combien !
Qu’ils soient beaux est un des sujets du film. Non pas cette beauté affichée (même si, on peut se le dire, le film n’affiche que des beautés incandescentes et fraîches), il s’agirait plutôt de la beauté intergénérationnelle. Celle où, au cœur des familles, les antagonismes rendent beaux et forts, vulnérables et touchants. Cette beauté-là : sincère et remplie d’émotion.
Plus ou moins en filigrane, les sujets sociétaux sont abordés avec tact et recul : racisme, handicap, relation au travail, open-space, smartphone, amitié, devenir parent à son tour, belle-famille, remariage, différence d’âge, conception du travail. On ne se projette plus, l'esprit corporate, la loyauté, le sens du devoir passent après sa santé mentale, physique, familiale.
Toutes les refs’ sont là et en même temps toutes nos refs’ ont changé. Comme celles que nous soutenions à l’âge de Louise heurtaient celles de nos parents, etc. de génération en génération. Au fond, ce sont les mêmes refs’, le POV évolue au rythme des avancées sociales et sociétales.
Ce film est un délicieux bain de jouvence et un étrange voyage dans le temps, le temps d’avant, le temps d’après et au milieu, surtout ne rien rater de ce qui se passe parce que chaque instant est à savourer en 3D.
La bande-son aussi est géniale, et nécessaire. La musique nous raccordera toujours, avec nostalgie, bienveillance et tendresse, aux refs’ qu’on croit avoir perdues mais qui, en vrai, se sont assoupies au fond de notre cœur. Il suffit d’un rien pour les raviver.
« Je voudrais tant que tu comprennes », chante d'ailleurs Marie Laforêt.
Je crois qu’on comprend, c’est parfois difficile mais on comprend, quand il est temps de passer d’une ref’ à l’autre. Pour la bonne circulation du cycle de la vie. On ne réalise jamais trop de films sur la transmission, la famille, et celui-ci, Chère Lisa Azuelos, est rempli d’une folle énergie, de pop-up pétillantes et de gros câlins. LOL, quoi.
LOL 2.0