Marty Supreme, de Joshua Safdie, Sport/drame (2h29)
Dans le film de Joshua Safdie, la star n’est pas Timothée Chalamet ni Marty Mauser, pongiste américain des années 50 qu’il incarne ; la véritable star est la bande-son souveraine et son titre phare des Korgis, « Everybody’s got to learn sometimes », ce slow so romantic des années 80.
@horssceneofficiel explique sur Instagram que "La magie du morceau tient à sa genèse éclair. Quinze minutes, pas plus. À l’époque, James Warren vit dans un petit appartement, un piano pour seul compagnon -ironie du sort, il ne sait pas en jouer. Il cherche des accords, des formes qui lui plaisent, tâtonne. Ce matin-là, ses doigts se posent au hasard et une phrase surgit, presque malgré lui : « Change your heart… »."
C’est cela, l’histoire de Marty Supreme. Ce changement inévitable auquel Marty Mauser va devoir se confronter. Il a un don, un talent qu’il méprise, présomptueux, fanfaron, cabotin, arrogant, gesticulant, avec un état d’esprit pas toujours très moral. Une loose en appelle une autre et il semble s’y complaire davantage que dans le ping-pong. Le film à cet égard peut décevoir un peu, les déambulations de Marty donnent le tournis et ne le rendent pas toujours sympathique. Lui qui pourtant n’a qu’un seul objectif : obtenir une reconnaissance mondiale en tant que pongiste, s’auto-sabote la plupart du temps.
Le film prend des libertés romanesques resserrer la vie de Marty Mauser en 2h30 et dans des lieux plus cinématographiques que réels, mais là n’est pas vraiment le sujet.
Le sujet, c’est la nostalgie.
Dans une vidéo, une journaliste @lesinrocks explique l’ #anachronologisme entre la BO 80’ et l’époque 50’ qui rend le film « sexy ». Elle reprend des propos du réalisateur expliquant que l’Amérique des 80’ était nostalgique des 50’, le passé venant hanter le futur et inversement. Ce qui rend attirante cette époque, c’est l’impression qu’on pouvait se permettre de rêver.
C’est vrai, les 80’ rappellent une formidable idée de la liberté, de l’insouciance, de la fraîcheur de vivre.
Les autres personnages, secondaires, ne sont souvent que des prétextes, leur présence n’est pas toujours explicite. Dommage, surtout lorsqu’il s’agit de Fran Drescher -inoubliable Nounou d’enfer, la mère de Marty, que j’ai aimé revoir. À l’écran cependant, j’ai eu l’impression que la fantaisie que son visage reflète ne demandait qu’à s’exprimer, et je l’ai sentie à l’étroit. Comme Gwyneth Paltrow (sublime et sublimée par de magnifiques jeux de lumières) -faire valoir de Marty, dans un rôle qui aurait pu la rendre fatale.
N’empêche. Pour la bande-son qui fait battre le cœur des pieds à la tête -impeccable donc ; mais aussi pour les images et les lumières -d’une esthétique somptueuse ; pour le rythme -effréné ; pour les matchs de ping-pong -j’étais cramponnée sur mon siège, haletante, en apnée ; pour Timothée Chalamet, qui s’est entraîné pendant 7 ans pour être crédible en pongiste et il est bluffant, il porte le film, époustouflant de nonchalance et de verve, de ressources et de charme, et aussi pour le marketing du film -une success-lesson et tant pis si elle est un peu too much, j’ai déjà envie de retourner voir « Marty Supreme ».