« Quête tactile de l'émotion extatique et sensorielle de l'œuvre »
Dans la Maison Guermont, nichée au cœur du Paris romantique et des hôtels particuliers « d’Œuvre totale » (Gesamtkunswerk, concept allemand fondé sur le lyrisme et l’harmonie de tous les arts mêlés), on est projeté au cœur d’une de ces maisons d’art total, qui allie les arts et la science. Mieux encore : on est projeté au cœur des éléments, au sens littéral.
La maison Guermont marie des concepts artistiques sans limite et des formules de R & D, à l’image de cette petite femme brune et énergique, sémillante et avenante, aussi unique que sa maison : Milène Guermont est artiste (Ensad) et ingénieur (Ensiacet-Brown University-Mines). Une femme d’art contemporain et de béton sensuel. Non contente d’avoir la ref’ de notre époque (voire de l'époque d'après), Milène Guermont la créé et l’impulse.
Elle reçoit en Kimono, the new smoking, dans son appartement qu’elle a rénové en s’appuyant sur un corpus d’experts es éléments (air, terre, eau, feu), tous corps d’état. Elle prévient : L’air est dépollué, les pulsations lumineuses proviennent d’un plafond-résine, l’eau tout en courbes et en sonorités réagit au champ magnétique de chacun grâce au béton polysensoriel. Tantôt sous forme de sculptures immersives à ultra-hautes performances, tantôt dans les objets du quotidien et la domesticité. Ici, tout est art. Et domotique. Ici, tout est poétique. Et organique. Et pratique. On s’assoit, on range, on boit, on dîne, on se baigne, on dort, on rêve dans les nuages, les pyramides et les madeleines. Un drôle de voyage.
La plupart de ses partenaires sont français. Ou japonais "plus avancés que nous dans le domaine des toilettes intelligentes". Et tout n’est que premières mondiales dans la maison Guermont. Quasi humaine mixée à des matières inédites. Créées à partir d'un arbre (marqueterie bois bleuté, dédiée aux finitions de lustres ou aux bureaux aux formes triangles). Ou d’un béton labellisé, qui est même passé sous une presse à litho pour les besoins expérimentaux des lieux.
Labellisés : or, bleu Ciel de Paris et blanc des nuages. Pantone Guermont. Un blanc qui ne serait pas pour déplaire au défenseur des nuages, « Monsieur Nuage » : le si sensible écrivain et poète Mathieu Simonet.
L’or Guermont se révèle dans l’une des toutes premières sculptures de l’artiste normande : Phares. Un phare de phares. Pyramide composée de phares de voitures : Milène recycle et compose. Pour ceux qui l’ont découverte à l’origine (comme moi, alors que je sortais d’une expo au musée du Jeu de Paume consacrée à Apollinaire, au titre prédestiné : « Le regard du poète ») dans les années 2010, Phares était exposée place de la Concorde et dialoguait avec l’Obélisque, mais aussi les tours emblématiques aux arêtes lumineuses (Montparnasse, Eiffel), et le public. Grâce à l’électricité et à la phorésie, la sculpture s’animait à la manière d’un cœur qui bat.
En parlant de cœur battant, dans les toilettes de la maison Guermont, un mobile en cristaux phosphorescents semble réagir aux battements de cœur. L’endroit me rappelle le Musée des Cœurs à Teshima -mer intérieure de Seto -Japon, inaugurée par son créateur Christian Boltanski en 2011 à l’occasion du Art Setouchi Festival et conçue comme un lieu de pèlerinage avant de découvrir, face à l’Atlantique paisible, ses propres battements de cœur archivés et en écoute. Une pièce enténébrée (comme quand on entre dans la maison Guermont): un noir total pour mieux s’imprégner, qui s’éveille, s’illumine et s’éteint. Toutes les nuances en rythment un cœur qui naît, vit et meurt. Mes propres battements (j’en suis pas peu émue) figurent parmi les 17.000 premiers enregistrés lors de l’une des expositions de l’artiste iconique de la mémoire, et inaugurés après un voyage de plus d’une journée (RER, métro, avion, Shikansen, train JR, navettes, bus, longues marches sous des torii vermillons, jusqu'au fin fond du minuscule rocher de Teshima).
Mais revenons dans le 9ème arrondissement de Paris, place to be de mémoire et d’architectures remarquables. Et aux pyramidions (sièges, faïences de douche ou de dressing, sèche-foulard, parures de lit-pharaon), l’un des fils conducteurs de maison Guermont, en or ou bleu Ciel de Paris (à la fois couleur et œuvre d’art à travers les stores-poèmes aux devantures, réalisés en hommage au travail d’Yves Klein).
Les autres emblèmes Guermont sont le nuage (robinetterie, luminaires) et la madeleine (poignées de porte).
Véritable chorégraphie de formes, de tons et de sons se font écho depuis l’extérieur jusqu’à l’intérieur. Nulle frontière. À la place, 150 œuvres constituent maison Guermont dont certaines demeurent à l’état de prototype (papier-peint feuille d’or). Je n’ose imaginer le nombre d’idées et d’esquisses à l’origine de chaque processus créatif particulier.
Vitres et miroirs-cinétiques chauffants. Porte-miroir (sans tain, malicieux). Murmure : mur de murmures de soi en béton-cratère. Il suffit d’épouser le béton et de laisser venir les souffles comme un bain de sons (naturels ou ondes radios, enregistrés à New-York City) et de vagues de lumières qui reflètent la singularité de l’humain qui le caresse (accessible aux personnes porteuses d’un handicap physique, mental). En parlant de bain, il y a aussi la douche : pluie de bruine, d’une eau de Paris qui s’évapore dans l’espace bar-douche aux robinets pyramidaux fuselés. Un espace carrelé, tout en céramique où l’eau est filtrée (plate, pétillante, jusqu’au choix de la taille des bulles). Qui une fois versée dans un verre laisse apparaître une pyramide cristalline de toute pureté.
Milène Guermont ayant le sens du détail, elle l’a poussé jusqu’à imaginer un ensemble de set de table : fourchettes et couteaux pyramidaux, cuiller nuage, set aux tons Guermont et baguette atypique pour récupérer du bocal d’air Guermont un délicat filin comme on le ferait dans un pot de confiture.
Le concept est décliné aux souliers (talon aiguille obélisque de 12 cm aux hiéroglyphes égyptiens), aux pendentifs (fragment de céramique Ciel de Paris ornée d'une pyramide or G. à la géométrie épurée) ou aux savons (bulles qui au contact de l’eau fondent et révèlent une pyramide, une madeleine). Ces déclinaisons peuvent être achetées, en séries limitées destinées à huit acquéreurs.
Il faut dire que Milène Guermont est née au moment de l’avènement des libres antennes et de François Mitterrand. Ça façonne un esprit à l’affût d’un imaginaire qu’elle a mis au service de son art : No limit for creation, dans ce quartier historique de la Nouvelle Athènes, empreint de légendes. Celle de l’Obélisque : nées par paires, l’Égypte en a offert à la France deux. Le président Mitterrand n’a jamais souhaité récupérer la seconde (sic). Celle de la madeleine : on manquait de moule, on prit une coquille Saint-Jacques, on mit la pâte à l’intérieur.
Ça paraît simple. Ça mérite quelque attention : Grade de chevalier, à l’Ordre National du Mérite depuis juin 2024, Carte blanche au Grand Palais Immersif, Exposée par le Comité National Olympique et Sportif Français pour les 10 ans de l’Urban Artfair au Carreau du Temple, femme TEDx in english...
On n’a pas fini d’entendre parler de l’ingénieuse artiste Milène Guermont, au profil architectural que n'aurait pas renié son ami Claude Parent, architecte de la fonction oblique, qui disait de Milène qu'elle est "une magicienne du béton... reine de la métamorphose du béton, ce magnifique matériau qui inquiète parfois par sa masse fabuleuse, elle adoucit, elle donne une voix, qui finalement devient peu à peu un langage."